C’est une guerre coloniale / et je perds ma langue persane | Les pensées émigrées de Rooh Savar

2026-03-20

Cette émission n’est pas sur YouTube. Pas encore | Les pensées émigrées de Rooh Savar

2026-04-18

Deux France, même dimanche | Les pensées émigrées de Rooh Savar

Grégoire en Vélib’, le RN à 62 mairies, Zaho de Sagazan en larmes au Musée d’Orsay, Kat Borlongan décorée au Quai d’Orsay. Récit d’une semaine où la France a montré ses deux visages en même temps.

Ces dernières semaines, j’ai reçu beaucoup de vos mails. Des retours sur les éditions précédentes. Des réactions longues, personnelles, parfois très intimes. (J’ai même reçu un message adorable de Leila Slimani!!!)

Plusieurs d’entre vous ont rejoint la version payante. Je vous en remercie sincerment. Je lis tout. Je ne réponds pas toujours assez vite, mais je lis tout. Chacun de ces messages me rappelle pourquoi j’écris. Merci.

Et j’ai une nouvelle à partager. Je blogue depuis plus de 20 ans. J’écris des newsletters depuis 10 ans. Aujourd’hui, j’en écris 5, avec plus de 9 000 lectrices et lecteurs inscrits et un taux d’ouverture de +40 % (la moyenne des newsletters tourne autour de 15 à 20 %).

📝 Les Pensées émigrées (mon carnet d’entrepreneur à impact sur les immigrations) 📝 Inclusive Ledger (l’inclusion financière dans le monde) 📝 The French Match (sur la France pour les non-Français) 📝 Les Lettres persanes (mes billets sur l’Iran) 📝 Baklava & Geopolitics (la géopolitique au-delà de l’Iran)

La semaine dernière, mes Pensées émigrées sont entrées #8 sur Substack, catégorie International. Je ne m’y attendais pas. Ce sont vos ouvertures, vos partages et vos réponses qui font monter la newsletter. Plus vous lisez, plus d’autres nous découvrent. Je mesure ce que ça représente. C’est un privilège, en effet, mais c’est aussi une responsabilité. Alors j’essaie, chaque semaine, d’être à la hauteur de cette confiance.


Ce classement, c’est vous. Chaque ouverture, chaque partage, chaque réponse par mail fait monter la newsletter dans les recommandations de Substack. Plus vous lisez, plus d’autres lecteurs nous découvrent. Votre engagement donne de la visibilité à cette voix. Et cette visibilité, pour moi, n’est pas une fierté. C’est une responsabilité.

La soirée INSPIRE, l’un des événements phares de SINGA, co-organisé vec J’accueille.

Quatre scènes en cinq jours

Lundi 16 mars, Climate House, Paris. Je suis sur scène avec Moussa Tall et Sabrina Zidour. Le sujet : le rapport des nouveaux arrivants à l’argent. Moussa raconte comment son père ne parlait jamais de budget. Sabrina raconte le sien, qui comptait tout en silence. Deux familles, deux silences, une même exclusion du langage financier.

J’ai grandi dans un pays où l’argent est simultanément tabou et exhibé. La pudeur persano-islamique interdit d’en parler. L’influence américaine oblige à le montrer. En arrivant en France, j’ai retrouvé un troisième silence. Celui de la classe. Ici, l’éducation financière se transmet à la table du dîner. Si personne ne t’a expliqué les codes bancaires, les justificatifs, les réflexes d’épargne, tu es dehors. Le système est conçu pour ceux qui ont grandi dedans. C’est exactement le problème que Welcount attaque.

Ce même lundi commençait la Semaine de l’éducation financière, coordonnée par l’OCDE et la Banque de France. Thème officiel : « L’argent, osons en parler. » Même semaine que le premier tour des municipales. Personne n’a connecté les deux.

Jeudi 20 mars, Musée d’Orsay. Soirée Inspire, portée par SINGA et J’accueille. Huit nouveaux arrivants montent sur scène. Une écrivaine. Un entrepreneur. Un scientifique. Une activiste. Chacun raconte son parcours. Le public est suspendu. Zaho de Sagazan chante trois morceaux sur l’amour, le courage et la solidarité. Elle pleure. Plusieurs fois. L’exposition Renoir qui enveloppe la salle s’intitule « L’amour, la modernité heureuse ». L’ironie est parfaite.

Vendredi 21 mars, Quai d’Orsay. Remise de la médaille de l’Ordre National du Mérite à Kat Borlongan. Clara Chappaz retrace son parcours. De Manille à Paris. De l’exil à la direction de la French Tech. Un parcours hors norme devenu une force pour la France.

C’est un cliché, mais je vais le redire : la première bénéficiaire de la richesse de ces parcours, c’est la France. Tu as la chance d’avoir accueilli ces âmes. Ne l’oublie pas.

Et puis dimanche soir.

Le maire en Vélib’

Il est passé 22 heures. Emmanuel Grégoire, nouveau maire de Paris, traverse la ville en Vélib’. En costume. Il salue les passants. Les caméras suivent. J’ai pris une photo depuis mon écran.

Cette image raconte le soulagement d’un camp. Elle ne raconte pas le reste de la soirée.

Les 62 mairies RN

Le même dimanche, le Rassemblement national passe de 17 à 62 communes. Ses conseillers municipaux passent de 827 à plus de 3 100. Un triplement en six ans. Montargis, Vierzon, Carcassonne, La Flèche basculent. Des villes moyennes, éloignées des dynamiques métropolitaines. Des villes où le décrochage économique se traduit directement en bulletin de vote.

Les 12 maires héritiers d’immigration

Le même dimanche encore. Ce que personne n’a suffisamment raconté. Une douzaine de maires héritiers d’immigration sont élus. Bally Bagayoko à Saint-Denis. Bassi Konaté à Sarcelles. Demba Traoré au Blanc-Mesnil.

Patrick Simon, socio-démographe à l’INED, parle de la fin d’un « blocage ». Il y avait une discrimination persistante dans l’accès aux fonctions électives pour les héritiers d’immigration post-coloniale. Ces municipales marquent un tournant.

Mais Simon dit aussi ceci : les deux mouvements sont complémentaires. C’est précisément parce que la visibilité des héritiers d’immigration augmente que la réaction s’intensifie en face. Ce n’est pas un paradoxe. C’est la même dynamique. Vue de deux côtés de la faille.

La troisième France

Il y a la France du Musée d’Orsay, où Zaho de Sagazan pleure devant les récits de newcomers. Il y a la France de Montargis, où un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté et où le RN rafle la mairie à 59 voix près.

Et il y a une troisième France. Celle qui n’a pas voté. 43 % d’abstention. Des millions de résidents qui n’avaient pas le droit de le faire. La proposition de loi écologiste pour accorder le droit de vote aux étrangers extra-européens aux municipales a été adoptée en commission à l’Assemblée le 4 février. Trop tard pour mars. Loin d’être adoptée définitivement.

La table ronde de lundi et le scrutin de dimanche parlent du même problème. On invoque la démocratie locale, la citoyenneté, la participation. Mais on oublie le prérequis : l’inclusion financière. Comment t’engager dans ta commune quand tu ne comprends pas le système fiscal local ? Comment te sentir citoyen quand le premier réflexe du système est de te refuser un compte bancaire ?

La citoyenneté commence par un IBAN. C’est ce que nous construisons avec Welcount. Pas un produit financier. L’infrastructure minimale de l’agency.

The French Match est de retour

J’ai relancé The French Match, ma newsletter en anglais qui décrypte la politique française pour ceux qui s’intéressent à la France mais trouvent son système incompréhensible. 35 000 communes. Un mode de scrutin que même les Français ne comprennent pas. Des dynamiques que la presse étrangère résume en « far right gains ».

La première édition est en ligne : Everybody Won. Nobody Won. Welcome to French Politics. thefrenchmatch.substack.com

Les Pensées émigrées parle à ceux qui vivent en France et pensent depuis les marges. The French Match parle à ceux qui regardent la France depuis l’extérieur. Les deux sont nécessaires. Le pont entre les deux, c’est cette posture : être dedans et dehors en même temps. Après 16 ans ici, c’est la seule posture que je maîtrise.


📺 Série | J’ai hâte de regarder… The Best Immigrant (Streamz, bientôt France Télévisions). Série belge présentée cette semaine à Séries Mania, à Lille. Une Flandre devenue indépendante sous un gouvernement d’extrême droite décrète l’expulsion de tous les résidents nés à l’étranger. Dernière chance : une télé-réalité où les candidats s’affrontent pour gagner un titre de séjour. Conçue comme une dystopie. Sauf qu’en 2025, le ministère américain de la Sécurité intérieure avait confirmé qu’un projet similaire lui avait été soumis. La fiction est en retard sur la réalité. Standing ovation à Lille.

🎙️ Podcast | J’ai écouté récemment… Throughline (NPR), l’épisode sur l’histoire du droit de vote des non-citoyens aux États-Unis. Ce que beaucoup ignorent : pendant une grande partie du XIXe siècle, les étrangers résidents votaient dans la majorité des États américains. Le droit de vote universel a d’abord été inclusif, puis s’est refermé. Un éclairage utile pour comprendre le débat français actuel.


💌 Rejoindre la version premium Si cette newsletter vous parle, vous pouvez soutenir ce travail en rejoignant la version premium. Chaque semaine, j’essaie d’être à la hauteur de votre confiance. C’est un privilège. C’est une responsabilité. En plus des éditions exclusives, vous recevrez un exemplaire de mon livre L’Iran, déçu mais debout. Un récit sur la résilience iranienne, écrit avant les bouleversements de 2026. Il a anticipé, pas réagi. 👉 Vous pouvez aussi l’acheter directement : roohsavar.com/produit/liran-decu-mais-debout

À très vite,

Rooh Savar

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2026-04-18

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'ai enregistré le premier épisode d'On The Record où j'ai causé avec Christian Paul. Il est en ligne. Et vous êtes les seuls à avoir le lien. Et ce n'est pas pour vous flatter. Je vous explique.
2026-03-20

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C’est le nouvel an persan, Nowruz. Ma familles le fête sous les bombes, en Iran. Et après avoir écouté Leïla Slimani, je découvre que je ne sais plus parler correctement ma langue.
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